Des années après l’affaire Lefort, l’ONG "Avenir de l’enfant" apprend à vivre dans la dignité, selon son coordonnateur
29 mai 2009
Dakar, 29 mai (APS) - L’ONG sénégalaise "Avenir de l’enfant" (ADE), spécialisée notamment dans la réinsertion sociale des enfants de la rue, a appris à vivre dans la dignité sans financement assuré, quatre ans environs après le jugement de l’affaire Le Fort, a indiqué à l’APS son coordonnateur, Moussa Sow.
Prêtre et médecin français, François Lefort Des Ylouses a été condamné en juin 2005 à 8 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises de Nanterre. Le père Lefort avait été jugé et reconnu coupable d’agressions sexuelles, de viols et de tentative de corruption de mineurs de moins de 15 ans sur six pensionnaires de l’ONG "Avenir de l’enfant".
Cette affaire, qui a nécessité quelque 10 ans de procédure et le procès "très intense" qui en a découlé "nous a ouvert les yeux", a indiqué le responsable de l’ONG ADE, qui lutte également contre les abus et exploitations sexuels des enfants.
Selon lui, un des enseignements majeurs tirés de cette affaire, c’est que, "à la limite, on peut rencontrer l’injustice là où on combat pour la justice". "Le chemin est semé d’embûches", mais rien ne doit détourner des idéaux que chacun s’est donné, a-t-il ajouté.
Dans le prolongement de cette affaire, La Fondation "Raoul Follereau enfants", qui s’était opposé à ce que Lefort soit poursuivi, a coupé les vivres à ADE dont il finançait les activités.
François Lefort, bénéficiant d’un appui de "Raoul Follereau enfants", est venu de lui-même offrir ses services à ADE. Cette structure sénégalaise est dirigée par le Sénégalais Moussa Sow.
La parenthèse concernée a coïncidé avec des moments durs, mais "en avançant, nous nous sommes consolidés". "Aujourd’hui, on n’a pas de financements assurés, mais on a appris à être dignes", a déclaré le responsable de l’ONG ADE.
"Des gens ont appris à nous respecter et à respecter le combat que nous menons pour la dignité des enfants", après une longe période durant laquelle les actions de "Avenir de l’enfant" n’étaient pas visibles, a-t-il dit.
L’ONG dispose désormais de ses locaux propres, sur un terrain que lui a attribué la mairie de Rufisque-est et qu’il a réussi à construire grâce à "de bonnes volontés", a expliqué Moussa Sow.
"Aujourd’hui, on ne peut pas nous expulser", s’est-il réjoui, ajoutant que ce qui est passé est passé et que depuis, tout s’est bien passé, notamment pour les victimes de Lefort. Il a précisé que certains d’entre eux se sont mariés depuis, ont eu des enfants, alors que d’autres ont été "bien insérés dans la société".
Les faits reprochés à François Lefort dataient de 1994-95 et avaient été commis en France où le prêtre médecin emmenait les enfants sous le prétexte de les faire témoigner, dans le cadre de grandes rencontres internationales, sur la vie des enfants de la rue.
En réalité, selon l’accusation, Lefort abusait plutôt des enfants dans son appartement parisien qui lui servait de point de chute, de passage dans l’hexagone.
Il est reproché à M. Lefort "des actes de pénétration sexuelle, en l’espèce des actes de sodomie, par violence, contrainte ou surprise" sur au moins six enfants pensionnaires de l’ONG. Il avait été condamné à huit ans de prison et à 134 000 euros d’amende à titre de dommages et intérêts.
Le procès, "très intense" selon Moussa Sow, avait été marqué par l’émotion des récits des jeunes hommes et le cynisme de certains témoins de la défense.
"Des jeunes ont craqué en pleine salle, même l’auditoire a craqué. Ça n’a rien d’anormal" ,ais le plus important, c’est que les victimes se sont soutenus, a dit Moussa Sow.

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